Les évènements s'accélèrent sur notre planète finie. [par Matthieu Auzanneau]

L'humanité semble bien partie pour inscrire l'année 2012 parmi les plus chaudes jamais enregistrées, au même titre que les douze années qui l'ont précédée. La fonte des glaces du pôle Nord a atteint cet été un nouveau record pour la douzième année consécutive, la banquise pourrait totalement disparaître durant l'été d'ici quatre ans, tout le monde paraît s'en moquer, et claude allègre écrit toujours dans Le Point.

Voilà pour les conséquences.

 

Du côté des causes, le fugace vent d'optimiste qui depuis quelques mois parcourait l'industrie pétrolière semble en perte de souffle. Depuis juin, cet optimisme était concentré autour d'un rapport rédigé par l'expert pétrolier italien Leonardo Maugeri. Ce rapport, dépecé sur [oil man], soutient que Big Oil pourra sans problème faire face au déclin amorcé par la production des champs pétroliers existants.

L'optimisme affiché par Maugeri a été dans un premier temps complaisamment relayé par de nombreux médias économiques, à commencer par le Wall Street Journal. L'autre grand journal économique global, le Financial Times, était resté jusqu'ici circonspect. Il aura fallu quatre mois au quotidien financier londonien pour s'assurer que 2+2 ne font pas 12.

Dans une longue analyse parue dans son édition du 8 octobre, le Financial Times – après avoir souligné qu'en moyenne, les extractions des champs pétroliers déclinent trois fois plus vite qu'il y a vingt ans – accuse Leonardo Maugeri de "révisionnisme", évoquant à propos de son analyse une "rhétorique de l'abondance". Pas moins.

Le scénario du groupe pétrolier français Total concernant l'avenir de la production mondiale de brut, révélé en détail sur ce blog, est compatible avec celui de Maugeri, et apparaît même nettement plus optimiste que lui sous certains aspects décisifs. Faut-il lui aussi le juger révisionniste ?

Le monde se dirige tout droit vers à la fois un réchauffement brutal et irréversible ("nous allons vers une hausse moyenne des températures  de + 6°C", répète l'Agence internationale de l'énergie - "sécheresses et autres événements climatiques extrêmes vont se multiplier", martèle le New York Times) ET vers une pénurie globale et tout aussi peu réversible d'énergie abondante et pas chère.

Il fait chaud dans Mad Max.

Olivier Rech, ex-responsable de la prospective pétrolière au sein de l'Agence internationale de l'énergie, qui s'est risqué à pronostiquer sur ce blog un déclin du pétrole "peu après 2015", a été convié à participer à la rédaction d'une étude par le Conseil d'analyse stratégique (CAS), l'organisme de prospective du gouvernement français. Rendu public en septembre dans une grande indifférence, ce rapport conclut à une durable "orientation à la hausse du prix du pétrole, [accompagnée d'une] forte volatilité". Ce rapport indique que "la production de pétrole brut conventionnel, qui semble avoir atteint un 'plateau' depuis 2006, présente un risque de déclin entre 2020 et 2030, voire, pour certains experts indépendants, avant cette date". Vous avez bien lu, le CAS a dilué et édulcoré les conclusions d'Olivier Rech.

Indifférence, déni, biais : comment avancer en dépit de tout ça ?

Hélas, il suffit de lire la presse pour aboutir à un état des lieux atterrant.

Le "mécanisme de développement propre", principal outil de lutte contre le réchauffement mis en place par les Nations unies, est "proche de l'effondrement", rapporte le Financial Times. L'accroissement de l'effet de serre ne fait pourtant pas fondre que la banquise : il a d'ores et déjà un impact négatif sur l'activité économique mondiale, d'après un rapport publié par le forum des nations les plus vulnérables face au réchauffement.

Seul point encourageant : il paraît que 77 % des Terriens sont désormais convaincus que le réchauffement est bel est bien réel. C'est toujours ça (et m... à c.a).

A défaut de sauver le climat, le développement in-dis-pen-sable des pétroles non-conventionnels et extrêmes permettra-t-il de sauver la croissance mondiale ?

L'un des leaders des gaz et pétroles de schiste aux Etats-Unis, Chesapeake, vient de vendre pour 11,6 milliards de dollars d'actifs presque uniquement pour rembourser ses dettes, creusées par la très coûteuse fracturation hydraulique.

Dans l'océan Arctique, au large de l'Alaska, la compagnie Shell a suspendu en septembre ses activités de forage à cause de la glace (il en reste donc encore assez pour enquiquiner  les pétroliers). Au large de la Russie, Gazprom a également suspendu son projet commun avec le groupe français Total, visant à exploiter le champ gazier arctique du Shtockman : le coût initial prévu aurait plus que doublé ! Et pourtant, le Kremlin semble prêt à faire beaucoup pour ne pas décourager les compagnies pétrolières étrangères, puisque pour la première fois, Moscou envisage d'autoriser ces dernières à detenir directement des licences d'exploitation.

Après l'annonce du gel (haha) du projet du Shtockman et en un spectaculaire revirement, le président de Total, Christophe de Margerie, a lancé une mise en garde contre les dangers de l'exploitation de l'Arctique. La direction de Shell a immédiatement répondu : "Alors là, c'est vraiment n'importe quoi" (en substance).

Toujours en direction du Grand Nord, les Chinois, devenus les premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, se précipitent dans la prospection au Groenland, laquelle demeure jusqu'ici à peu près infructueuse...

Tout ceci semble se passer assez loin hors de la portée des radars des dirigeants politiques des vieilles puissances industrielles. Des deux côtés de l'Atlantique, la martingale ultime demeure la rotation de la planche à billet, et ce alors même qu'un dirigeant de la Réserve Fédérale américaine clame que ladite rotation ne mène (comme de juste) nulle part. Richard Fisher, président de l'antenne de la Fed à Dallas  affirme que "personne au sein du Comité de politique monétaire de la Fed, ni au sein de la banque centrale ne sait réellement ce qui entrave l'économie". Il ajoute : "Personne ne sait ce qui marchera pour remettre l'économie sur la bonne voie."

Le problème n'est-il pas plus... profond, M. Fisher ?

Autre question cruciale, et néanmoins manifestement oiseuse à ce stade : vous ne trouvez pas qu'il fait vachement chaud pour un mois d'octobre ?

Source: OIL MAN