par Matthieu Auzanneau

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La plateforme de forage Kulluk de la Royal Dutch Shell, échouée au sud de l'Alaska après une tempête, a pu être remorquée hier en eaux sûres. AP

 

Quatre des principales compagnies pétrolières internationales font face à un déclin de leurs productions globales de brut, en dépit de profits sans précédent. Peuvent-elles inverser la tendance ?

La compagnie pétrolière américaine ExxonMobil, première entreprise de la planète selon le magazine Forbes, connaît depuis 2007 un net recul de sa production, après plus d'un siècle d'expansion ininterrompue.

En 2011, les extractions de pétrole d'ExxonMobil ont atteint 2,312 millions de barils par jour (Mb/j), en chute de 4,5 % par rapport à 2010 et de 11,6 % par rapport à 2007, d'après les données disponibles dans le dernier rapport annuel du groupe.

Résultat très médiocre pour la n°1 des majors, alors qu'entre-temps la consommation de brut s'est accrue, et que les prix du baril se maintiennent depuis 2007 à des niveaux jamais vus jusque-là.

Pourtant le nombre des forages entrepris par ExxonMobil de par le monde a augmenté très fortement, passant de 971 nouveaux puits en 2007 à 1 249 en 2010, puis 1 606 en 2011, soit une hausse de 65 % sur quatre ans. Même tendance pour ce qui concerne les coûts nets de production annuels : Exxon est passé de 78,6 milliards de dollars en 2007 à 152,5 milliards en 2010, puis à 166,7 milliards en 2011 (+ 112 % en quatre ans !).

97 % des nouveaux puits forés par Exxon l'ont été dans des champs connus et déjà exploités.

L'année 2007 restera-t-elle l'année du pic pétrolier pour la fille aînée de la Standard Oil, fondée en 1870 par John D. Rockefeller ? La réponse viendra. En attendant, Exxon a confirmé la poursuite de la chute de la production dans son dernier rapport trimestriel, paru en novembre ; maintenir la production devient "un challenge récurrent", rapporte l'agence Reuters.

Les baisses des extractions d'Exxon affectent en particulier l'Afrique (notamment le Nigéria et l'Angola) ainsi que la mer du Nord. Le Moyen-Orient, la Russie et la région de la Caspienne sont épargnés.

Le continent américain, base arrière de la firme, fait apparaître en 2011 une reprise relative de la production de pétrole brut et de ses substituts. Une reprise généreusement saluée dans les médias et remise en perspective sur ce blog, qui ne suffit pas pour l'heure à ramener les extractions d'Exxon sur l'ensemble du continent américain au niveau atteint en 2007, ni à enrayer (loin s'en faut) la chute de sa production globale.

La chute de la production d'Exxon se transforme en effondrement si l'on considère la seule production de brut conventionnel ― le pétrole liquide classique, qui constitue près des deux-tiers de l'offre du géant américain : 1,338 Mb/j atteints en 2011, après 1,496 Mb/en 2010 (-10,5 %) et 1,875 Mb/j en 2007 (- 27,5 % !)

Exxon mange son pain noir : "what else ?" Ses principales perspectives de développement se situent en Irak (où Exxon est plus que jamais en délicatesse avec le gouvernement de Bagdad, et prend le risque de se voir fermer l'accès aux projets les plus massifs), dans l'Arctique russe (où l'immixtion réussie par le pétrolier yankee pourrait rester un vain tour de force, si l'on se fie aux derniers pronostics ― pessimistes ― publiés par l'Agence internationale de l'énergie) et enfin en Amérique du Nord, où les incertitudes demeurent... nombreuses.

En somme, c'est pas gagné.

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