par Benoît Thévard

Au début de l’année 2012, je montrais déjà cette incroyable divergence de pronostics sur l’avenir de la production pétrolière, entre institutions optimistes et experts indépendants pessimistes. Par la suite, toute l’année n’aura été qu’un feuilleton fascinant de surenchères, d’effets d’annonces repris en cœur par les médias du monde entier, de réponses d’experts apportant de sérieuses critiques mais beaucoup moins séduisantes pour la une du NY Times. Le but des marchands de doute est atteint. En effet, en ce début d’année 2013, le monde reste coincé dans un brouillard de chiffres incohérents et donc, rien ne change. Même si le système en place est moribond, la seule manière d’éviter qu'il ne s’écroule est de faire illusion, de semer le doute pour flatter notre résistance au changement.

A cause du prix de l’énergie et des matières premières, la croissance économique a cédé toute sa place à la croissance… du chômage, de la misère, de la pollution, des problèmes de santé, des inégalités… Pour la plupart de nos concitoyens, l’espoir de préserver acquis et privilèges ne tient plus qu’en la foi inconditionnelle dans le progrès et la technologie, un dérisoire filin qui nous raccroche au passé même si le monde a déjà commencé à basculer dans un nouveau paradigme.

Au cœur de ce marasme économique et social, les investisseurs ne savent plus où mettre leur argent. Ils sont prêts à gober n’importe quoi et désormais, les bulles spéculatives vont se succéder à grand renfort de communication -que dis-je de propagande- à l’image de la bulle du gaz de schiste américain qui risque d’éclater dans les mois qui viennent.

Tous les détails de la situation sont consultables dans le rapport "l’Europe face au pic pétrolier".

La production de gaz américain subit des pertes de 10 Md$ tous les trimestres depuis 2010 et les réserves, contrairement à ce qui est clamé par les médias, ne fourniront pas 100 ans mais 23 ans au mieux si on utilise le ratio Réserves/Production. Autrement dit, la production de gaz aux États-Unis déclinera de toute façon dans les années qui viennent (peut-être même dès cette année), ce qui promet une belle pagaille lorsque les entreprises et les ménages, plutôt que réduire leur consommation, auront changé la voiture ou la chaudière pour qu’elle fonctionne au gaz. Il n’est d’ailleurs pas impossible non plus que la « miraculeuse » production pétrolière du Nord Dakota décline également à partir de cette année.

After The Gold RushSur le graphique ci-dessus, on constate que depuis 2010, les recettes de la production de gaz aux États-Unis (en rouge) sont largement inférieures aux investissements nécessaires (en noir) pour compenser le déclin de la production.

En 2013, comme expliqué par Kurt Kobb sur l’excellent « energy bulletin », nous pourrions subir ce fameux choc de confiance qui provoquerait un effondrement économique et systémique, puis une baisse instantanée de la consommation pétrolière. Dans ce cas, le prix du baril pourrait redescendre à 30$ mais nul ne peut prédire les conséquences réelles d’un tel effondrement. Ce qui est certain, c’est que tous les hydrocarbures qui font aujourd’hui la une de l’actualité (sables bitumineux, tight oil, gaz de schiste, offshore profond etc…) ne seraient plus rentables, les investissements s’effondreraient et la production pétrolière mondiale avec.

Nous pourrions également subir l’inverse, c'est-à-dire un choc de l’offre pétrolière lié au déclenchement de conflits au Moyen Orient. Dans ce cas, le baril pourrait atteindre plus de 200$ et vous pourrez vous faire une idée des conséquences potentielles en lisant le dernier chapitre de mon rapport.

Notre système étant basé sur la confiance, l’optimisme des déclarations sera proportionnel à la dégradation de la situation. Pour ceux qui écoutent, regardent et lisent les informations, il va donc falloir jongler entre la réalité des drames et les miracles imaginaires, tout en sachant que tout cela ne tiendra plus très longtemps.

Mais ne restons pas sur ce constat lamentable et prêtons attention à ces choses extraordinaires dont on parle trop peu, ces initiatives qui émergent partout, ces élus qui se mobilisent, ces citoyens qui transforment leur territoire, ces entreprises sociales et solidaires qui naissent chaque jour… 2013 sera aussi l’année des alternatives et des réussites dont je parlerai dans le prochain article.

Source: http://www.avenir-sans-petrole.org/